"La Fin de l'espèce" - Klub des Loosers

Publié le par Pacifisme et Rationalité

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"Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets." J. P. Sartre

 

Huit années se sont écoulées depuis Vive la vie et le retour du Klub des Loosers est fêté depuis pratiquement un mois comme "le retour du prodige de l'âme". Pour les paresseux, il s'agit d'un cocktail détonnant entre Houellebecq et le Wu Tang Clan, un manifeste mesquin qui indique que les journalistes ont comme livre de chevet La Culture pour les Nuls. Il semblerait que cet album soit un peu plus que les confessions d'un rappeur misanthrope et masqué.

 

La première chose qui nous a frappé à l'écoute de La Fin de l'espèce est cette équivalence de son entre la voix du MC et les différentes productions. On sait depuis longtemps que c'est une volonté pour le Klub des Loosers de faire du noyau MC et DJ un ensemble indissociable, l'un s'exprimant par les textes, l'autre par le scratch. Dès lors, l'écoute est quasi religieuse car elle nécessite une concentration de chaque instant. Et comme nous ne sommes pas des surhommes nietzschéens, chaque écoute apporte son lot de nouvelles subtilités lexicales et musicales.

 

Les prods sont très recherchés et vont toujours dans le sens d'une volonté de cohérence de l'album. Tantôt jazzy, tantôt pop, elles rythment l'album de manière particulièrement convaincante. On appréciera le sample de Encore Merci, version chorale soul du Prélude en Do# mineur de Rachmaninov qui décidément inspire énormément puisqu'on le retrouvera de manière plus franche sur le Oh Goodness de l'album de Quakers, qui sortira dans une semaine. Plus de pop dans La Fin de l'espèce et en particulier dans les refrains de Non-Père et L'Animal. Enfin, les scratch de Detect sont effectués dans un style aussi bien laconique qu'omniscient.

 

En ce qui concerne Fuzati, son élocution s'est un peu transformé depuis Vive la Vie et la transition se dévoile très bien dans L'Eponge. A propos de son écriture, il n'y a rien à redire et encore moins à jeter. Plus directement que Houellebecq, nous avons entrevu du Cioran et son Inconvénient d'être né, du Céline et son soldat Bardamu devenu médecin à Rancy. Cependant, les textes de Fuzati révèle une autre subtilité. Le personnage de Fuzati a ceci d'intéressant que malgré sa condition de looser, il a la capacité de s'exprimer et de se faire entendre. Nous pouvons avoir des pensées communes avec Fuzati mais nous n'avons pas la force de les proférer et nous ne le voulons pas car cela nous anéantirai. Ce qui fait la force de Fuzati est la transposition qu'il effectue via son masque. Dès lors, il acquiert le statut d'icône non vénérable qui viendrai à la manière de l'ange de l'Apocalypse annoncer un dessein irrémédiable, comme dirait Saint Jean en train de délirer à Patmos.

 

Vous l'aurez compris, il s'agit d'un album indispensable. Le Klub des Loosers fait dans la dentelle moderne, celle avec du goudron et des plumes.

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