Dimanche 1 avril 2012
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15:56
"Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets." J. P. Sartre
Huit années se sont écoulées depuis Vive la vie et le retour du Klub des Loosers est fêté depuis pratiquement un mois comme "le retour du prodige de l'âme". Pour les paresseux, il s'agit
d'un cocktail détonnant entre Houellebecq et le Wu Tang Clan, un manifeste mesquin qui indique que les journalistes ont comme livre de chevet La Culture pour les Nuls. Il semblerait que
cet album soit un peu plus que les confessions d'un rappeur misanthrope et masqué.
La première chose qui nous a frappé à l'écoute de La Fin de l'espèce est cette équivalence de son entre la voix du MC et les différentes productions. On sait depuis longtemps que c'est
une volonté pour le Klub des Loosers de faire du noyau MC et DJ un ensemble indissociable, l'un s'exprimant par les textes, l'autre par le scratch. Dès lors, l'écoute est quasi religieuse car
elle nécessite une concentration de chaque instant. Et comme nous ne sommes pas des surhommes nietzschéens, chaque écoute apporte son lot de nouvelles subtilités lexicales et musicales.
Les prods sont très recherchés et vont toujours dans le sens d'une volonté de cohérence de l'album. Tantôt jazzy, tantôt pop, elles rythment l'album de manière particulièrement convaincante. On
appréciera le sample de Encore Merci, version chorale soul du Prélude en Do# mineur de Rachmaninov qui décidément inspire énormément puisqu'on le retrouvera de manière plus franche sur
le Oh Goodness de l'album de Quakers, qui sortira dans une semaine. Plus de pop dans La Fin de l'espèce et en particulier dans les refrains de Non-Père et
L'Animal. Enfin, les scratch de Detect sont effectués dans un style aussi bien laconique qu'omniscient.
En ce qui concerne Fuzati, son élocution s'est un peu transformé depuis Vive la Vie et la transition se dévoile très bien dans L'Eponge. A propos de son écriture, il n'y a rien
à redire et encore moins à jeter. Plus directement que Houellebecq, nous avons entrevu du Cioran et son Inconvénient d'être né, du Céline et son soldat Bardamu devenu médecin à Rancy.
Cependant, les textes de Fuzati révèle une autre subtilité. Le personnage de Fuzati a ceci d'intéressant que malgré sa condition de looser, il a la capacité de s'exprimer et de se faire entendre.
Nous pouvons avoir des pensées communes avec Fuzati mais nous n'avons pas la force de les proférer et nous ne le voulons pas car cela nous anéantirai. Ce qui fait la force de Fuzati est la
transposition qu'il effectue via son masque. Dès lors, il acquiert le statut d'icône non vénérable qui viendrai à la manière de l'ange de l'Apocalypse annoncer un dessein irrémédiable, comme
dirait Saint Jean en train de délirer à Patmos.
Vous l'aurez compris, il s'agit d'un album indispensable. Le Klub des Loosers fait dans la dentelle moderne, celle avec du goudron et des plumes.
Par Pacifisme et Rationalité
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Mercredi 9 mars 2011
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09:46
"La peau humaine des choses, le derme de la réalité, voilà avec quoi le cinéma joue d'abord." A. Artaud
Le Pitch : Nina, danseuse étoile, rêve d'être choisi pour incarner le double rôle du cygne dans le ballet que dirige
Thomas Leroy. Très à l'aise avec le rôle du cygne blanc, elle devra faire davantage d'efforts pour incarner le cygne noir.
La performance de Natalie Portman a été récompensé aux Oscars et c'est bien mérité, il faut l'avouer. L'actrice est rentré dans le personnage d'une manière brillante qui nous accroche au film
tout le long. De plus, elle est très bien entouré avec Vincent Cassel en maître de ballet ambigu, Mila Kunis en petite démon et Barbara Hershey en mère radicalement possessive.
La direction d'Aronofsky est impressionnante, ce film est encore un exemple de l'immense palette cinématographique dont dispose le réalisateur qui n'oublie jamais d'y ajouter son grain de sel.
L'exercice de style donne un film vraiment oppressant car il nous rapproche de force d'un personnage dont on ne s'identifie pas foncièrement. En plus d'un sound design terrifiant parfaitement
traité, Aronofsky nous fait évoluer si près de Nina qu'il est difficile de ne pas être pris dans le tourbillon infernal qui accompagne l'arrivée de la première représentation du ballet.
Nous disions qu'il y a un frein à l'identification au personnage par le fait qu'on devine très vite ses troubles psychologiques. Ainsi, l'important n'est plus de traiter le thème de la
schizophrénie voilée mais d'envelopper le spectateur d'un cocon angoissant. Le petit bémol que nous avons noté est l'utilisation parfois un peu kitsch des effets spéciaux qui nous font
malheureusement sortir du film pendant un instant.
En Bref : Un grand film d'angoisse qui s'empare parfaitement des codes du genre, les implante dans une sphère qui
devrait être féérique mais qui devient un univers très opprimant par la complexité des individualités et des rapports humains.
La Bande Annonce : Ici
Par Pacifisme et Rationalité
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Samedi 12 février 2011
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14:26
"C'est à l'endroit où l'eau est la plus profonde qu'elle est le plus calme" W. Shakespeare
James Blake n'est encore qu'un jeune homme et pourtant il a fait chavirer les estomacs de tous ceux qui font l'actualité musicale. Proche des Mount Kimbie, les premières esquisses de sa carrière
se traduisaient par un post-dubstep mélancolique et une esthétique glitch cotonneuse. Puis est venu le temps de la division avec la reprise "Limit To Your Love" dans laquelle le prodige donnait
de la voix avec une sensibilité soul incroyable mais qui le détachait de ses précédentes expériences.
Et la sortie de son premier album en début de semaine ne mettra pas tout le monde d'accord, la voix y est omniprésente. Mais cette voix frêle est au service d'une musique délicate sans être
niaise. L'utilisation du vocoder est étonnante, le coté kitsch de l'effet est toujours présent mais James Blake lui astreint une sensibilité, comme dans "Lindisfarne" par exemple. On appréciera
aussi les envolées gospel avec "Measurements" en respectant le coté arythmique du genre.
James Blake maîtrise à la perfection sa palette de sons électroniques. Ces productions sont très propres et nous avons eu l'impression que tout le travail de cet artiste a été d'injecter de
l'expression dans les sons sinusoïdaux qui paraissent parfois un peu fades et très stéréotypés. "The Wilhelm Scream" est une sorte de montée en puissance massive avec une formule de départ
vraiment minimaliste.
Un autre point qui semble cher au jeune anglais est la virtuosité du silence. Dans "Limit To Your Love", on appréciera l'infrabasse qui met à nu la chanson. Le phénomène de résonance participe à
ce travail sur le silence, l'intime. Autre détail qui nous a frappé, c'est la volonté d'une polyphonie vocale faite par une seule voix qu'on reconnaît bien qu'elle soit maltraitée. Cela donne
rajoute un plus au côté cocon moelleux.
En Bref : En quelques secondes, James Blake nous enferme dans une sphère aquatique dont on ne veut plus sortir à la fin
des 37 minutes de l'album. La coupure maladroite de l'album finit de nous rendre profondément dépendant.
Mention Spéciale : A mettre entre toutes les mains.
Par Pacifisme et Rationalité
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Vendredi 21 janvier 2011
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11:06
"On peut pardonner, mais oublier, c'est impossible." H. de Balzac
Cette année sera l'année Gainsbourg, ne nous mentons pas. Le 2 mars prochain, cela fera 20 ans que l'artiste nous aura quitté. En voilà du coffret collector, de la compilation "hommage", du DVD,
du bouquin, toute la panoplie culturelle. Et l'année commence avec The Serge Gainsbourg Experience et son album éponyme. Nous verrons par la suite que l'originalité du nom du groupe est au niveau
de la singularité des interprétations.
On ne va pas y aller par quatre chemins, cet album est insupportable. Il nous aura fallu entrecouper les écoutes d'un brin de musique baroque pour nous rafraichir le gosier. C'est un massacre du
mythe Gainsbourg, il faut avoir perdu toute éthique pour réaliser un album comme celui ci. Il faut déjà un sacré courage pour reprendre du Gainsbourg mais si c'est pour en faire ca, il fallait
s'abstenir.
On perd toute la légèreté gainsbourgeoise avec des arrangements inappropriés voir complètement clichés. Et il n'y a pas que la légèreté qui se voit estropier mais toute l'émotion qui peuplait les
chansons originales au profit d'une énergie pop-rock de bas étages. Dans "Valse de Melody", l'accompagnement minimaliste est bien vu mais le chant est ridicule. Du poète on passe au vieillard à
l'agonie dans un service de soins palliatifs.
Et à chaque morceau, on fait état des choix stupides du groupe. Le manque d'inspiration est évident, on n'assistera à aucun moment à une déstructuration complète des versions originales.
L'alternance entre français avec l'accent et anglais n'est pas remarquable non plus. En point positif, on peut noter le choix de quelques chansons moins connues du public comme "SS In Uruguay".
Le jeu du guitariste est aussi très appréciable mais mal employé au sein de ce groupe.
En Bref : Carton rouge, futurs adaptateurs gainsbourgeois, soyez prudents nous serons intraitables. La compilation "Mr.
Gainsbourg revisited" et la BO du film de Joann Sfar feront dates, pas l'Experience Segre Gainsbourg.
Par Pacifisme et Rationalité
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Mardi 18 janvier 2011
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/2011
10:45
"Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien" M. Houellebecq
Le Pitch : Johnny Marco est l'exemple type de la star hollywoodienne qui baigne dans la Jet Set, filles d'un soir,
alcool, médicaments,etc. Il va devoir s'occuper de sa fille Cleo pour quelques jours.
Sofia Coppola revient derrière la caméra suite aux différentes frasques de Marie Antoinette et nous immerge dans un milieu qu'elle connaît bien : le Los Angeles qui se couche tard. La
réalisatrice avoue d'ailleurs dans une interview avoir déjà séjourné dans le Chateau Marmont, hôtel où se déroule la quasi totalité de l'action. Stephen Dorff est parfaitement dans son rôle,
acteur bellâtre épuisé par sa vie décousue mais pas encore rassasié des plaisirs quotidiens qu'elle lui apporte.
On retrouvera bien évidemment les thèmes chers à Sofia Coppola. Cleo est l'adolescente qui doit se prendre en charge très rapidement à cause de parents relativement absents. Son personnage est
très bien mené car s'il n'y avait pas cette fragilité qui nous est montré vers la fin du film, on en oublierai qu'il s'agit d'une jeune fille. Sofia Coppola s'intéresse aussi à l'envers du décor,
aux décalages entre générations, entre cultures, etc.
Si vous connaissez un peu le travail de Sofia Coppola, vous commencez à cerner le principal défaut de ce film. Les traits caractéristiques de ce film ont déjà été traité par la réalisatrice en
2004 avec le splendide "Lost In Translation". Dès lors, on ne peut que faire la comparaison pendant une bonne partie du film. Hélas, les éléments ne sont pas aussi fins que dans "Lost In
Translation", on assiste à un pauvre pastiche qui perd de sa saveur au fur et à mesure de la projection.
La scène de la remise des prix en Italie est équivalente au moment où Bob Harris tourne une publicité pour les Japonais. La force de "Lost In Translation" résidait dans les personnalités
très fortes du clown triste de Bill Murray et de la fraîche rêveuse Scarlett Johansson. Dans "Somewhere", ce sont la puérilité, la naïveté et le jeu permanent qui occupe le devant de la scène. De
ce fait, le film nous mène un peu en bateau.
En Bref : Une jolie fresque silencieuse et agitée mais qui a beaucoup de mal à s'animer et à éveiller le spectateur.
La Bande Annonce : ICI
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